Il y a six mois, avec les réservations plombées par les tensions internationales, les prix du carburant à la hausse et le pouvoir d’achat des ménages sous pression, personne dans le secteur n’aurait parié sur une bonne saison. À l’heure des premiers bilans, le tableau est pourtant nettement plus favorable qu’annoncé. Mais réduire l’été 2026 à un simple soulagement serait passer à côté de l’essentiel. Cette saison a certes résisté mais elle a surtout vu les lignes se déplacer. En effet, la chaleur a redessiné la carte des destinations, les comportements de réservation ont continué de se transformer et surtout, tous les métiers du secteur n’ont pas vécu le même été.
Le contraste avec les prévisions du printemps est pour le moins net. Les professionnels s’accordent sur une bonne résistance du secteur. Serge Papin, ministre du Tourisme, a de son côté évoqué une très belle année, au moins aussi bien qu’en 2025. Les chiffres définitifs sont attendus à la mi-septembre.
Côté tour-opérateurs, le Syndicat des entreprises du tour operating table sur une baisse d’environ 5 % des départs entre le 1er mai et le 31 octobre par rapport à l’année précédente. Un recul que la profession juge très acceptable au regard des craintes exprimées en avril.
L’Alliance France Tourisme, qui réunit de grandes entreprises du secteur, dresse un constat convergent à partir du panel hôtelier de MKG. Le début de saison a été excellent. Près de huit chambres sur dix occupées en juin, à 79,1 %, soit 1,3 point de plus qu’en 2025, avec un revenu par chambre disponible en hausse de 3,7 %. Juillet confirme la tendance, avec 0,9 point d’occupation supplémentaire.
Le cœur de saison marque en revanche une pause. Du 1er au 17 août, l’occupation retombe à 72,5 %, en recul de 0,7 point, et le revenu par chambre cède 1,5 %. La traditionnelle vague de réservations de dernière minute ne s’est pas pleinement concrétisée. La cause : un effet conjugué de prix de cœur de saison historiquement élevés et du regain de tensions autour de l’Iran depuis le début juillet, qui a renforcé l’attentisme des clientèles du Golfe. À cela s’ajoute un effet local marqué : l’incendie de Gironde et ses 42000 hectares de parcours. Les annulations ont fait perdre dix points d’occupation au département en août, alors que les territoires voisins se maintenaient.
Ce trou d’air n’a néanmoins pas compromis la saison. Les prises de réservation, en avance sur l’an dernier, annonçaient une seconde quinzaine d’août supérieure de deux à cinq points et un mois de septembre au moins au niveau de 2025, orientant l’ensemble de la période de juin à septembre vers un résultat positif, comparable aux deux excellents étés précédents.
C’est l’un des faits marquants de l’été. Selon la plateforme Airbnb, les français représentaient 70 % des réservations dans l’Hexagone, contre 65 % en 2025. Le cabinet Protourisme attribue le sauvetage de la saison à la clientèle étrangère et aux Français ayant renoncé à partir à l’étranger. Même si c’est pour aller moins loin, l’envie de partir n’a pas faibli. Selon une enquête nationale auprès de 2 000 Français début juin, les intentions de départ estivales atteignaient 69 % contre 71 % en 2025. Un écart qui reste marginal. Ce n’est pas la décision de partir qui a changé, mais plutôt la façon de le faire.
La saison 2026 a été marquée par quatre vagues de chaleur. Avec une température moyenne de 24,9 °C, le mois de juillet 2026 est le plus chaud jamais mesuré en France. Son effet sur la géographie touristique est désormais mesurable.
Les stations de montagne apparaissent comme les grandes gagnantes de l’été. Leur taux d’occupation a progressé de 2,3 points sur un an, selon la Fédération nationale des résidences de tourisme. En Auvergne-Rhône-Alpes, 65 % des professionnels des stations de montagne portent un jugement favorable sur la saison. La Haute-Savoie et le Massif du Sancy affichent également des niveaux de satisfaction supérieurs à 60 %. Les Alpes du Nord confortent leur statut de destination bi-saisonnière, avec un revenu par chambre disponible en hausse de 22 % en juin sur un an.
Mais la plus forte progression de l’été revient au littoral de la Manche. Du Havre à la Côte d’Opale, il gagne 4,5 points d’occupation sur un an et près de dix points en deux ans, dépassant les 90 % d’occupation en août. Ce mouvement, qui bénéficie surtout aux arrière-pays, s’accélère à partir de la mi-juillet. La Normandie entière a ainsi vu sa fréquentation progresser de 2,6 points sur le mois.
L’Alliance France Tourisme décrit également la Bretagne comme la grande alternative estivale. Celle-ci a gagné 1,6 point d’occupation en août. Son revenu par chambre disponible a également augmenté de 6,1 % par rapport à 2025. Une dynamique qui dépasse le seul littoral, occupé à plus de 90 % au cœur de l’été.
Cette redistribution ne doit rien au hasard. L’Alliance France Tourisme identifie trois forces à l’œuvre cet été :
Derrière la stabilité apparente des nuitées se cachent des changements de comportement profonds.
Notez qu’il faut distinguer les intentions des observations. Dans l’enquête nationale citée plus haut, l’ajustement le plus fréquemment envisagé par les Français consistait à retrancher une nuit en moyenne, avant même de revoir le choix de la destination ou la période de départ.
Sur le terrain, le constat est plus nuancé. En Auvergne-Rhône-Alpes, la moitié des hébergeurs estiment que la durée de séjour s’est maintenue, une stabilité portée en particulier par les clientèles étrangères. Un quart des gestionnaires de résidences de tourisme y observent même un allongement des séjours parmi leur clientèle française.
Ce second changement est plus net et partagé. En Auvergne-Rhône-Alpes, elles représentent désormais 30 % de l’activité estivale des hébergeurs, soit près de trois points de plus que l’an dernier. L’écart entre types d’hébergement est considérable : 48 % pour les hôtels, en progression de 6,5 points, et 38,5 % pour les campings.
Prévisions météo, prix du carburant, tarifs d’hébergement, etc. Ce phénomène s’observe bien sur la Côte d’Azur qui y voit le signe d’une clientèle désormais plus sensible à ces paramètres. Pour les professionnels, c’est un véritable défi d’organisation. Quand près d’une réservation d’hôtel sur deux se décide dans la semaine précédant le séjour, la prévision d’activité devient en effet un exercice périlleux. Le dimensionnement des équipes se complique et la gestion des plannings exige une capacité d’adaptation permanente.
pes Tourisme nous donne une mesure. Chez les hébergeurs, 61 % portent un avis positif sur l’été, un chiffre qui grimpe à 80 % chez les gestionnaires de résidences de tourisme et 65 % dans les hébergements collectifs. Cependant, les acteurs de l’outdoor, des loisirs et de la culture expriment plus de réserve, avec 51 % d’avis favorables.
Le pire, c’est chez les restaurateurs. Chez eux, la proportion de satisfaction tombe à 40 %. Le baromètre attribue ce décalage aux arbitrages budgétaires opérés par les touristes : ils décident de partir quand même mais de réduire les dépenses une fois sur place. La restauration est la première variable d’ajustement.
Le même écart se retrouve en Bretagne, ce qui en fait un phénomène national et non une particularité régionale. Sur les mois de juillet et d’août, 80 % des hébergeurs bretons se déclarent satisfaits de leur activité, contre 72 % des restaurateurs et seulement 57 % des professionnels d’équipements de loisirs. Le comité régional y voit l’explication du décalage entre une fréquentation stable et des retombées économiques moins dynamiques.
L’agent aggravateur, c’est la canicule. En Corse, la présidente de l’office du tourisme du pays ajaccien souligne l’impact de la chaleur sur l’activité économique, particulièrement en restauration. À Marseille, le président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie des Bouches-du-Rhône déplore les terrasses désertées au service de midi. En Bretagne, les sorties se sont concentrées le matin et en fin de journée, et certaines structures de loisirs ont dû fermer jusqu’à dix jours à la suite d’arrêtés canicule et incendie.
Le Comité Régional du Tourisme (CRT) Côte d’Azur donne sa propre mesure de cet arbitrage. Le budget moyen dépensé sur place a reculé de 6 %, pour s’établir à 120 euros par personne et par jour. Les visiteurs choisissent désormais entre restauration, shopping et activités payantes, et privilégient les expériences gratuites ou de plein air : randonnée, vélo, découverte des espaces naturels, animations familiales. Le rapport qualité-prix devient un critère de choix de plus en plus déterminant.
Deux mécanismes indissociables se cumulent donc :
Dans les deux cas, les hôtels continuent de se remplir. Après tout, il faut bien dormir quelque part ! Pour un secteur qu’on décrit souvent comme un bloc, la nuance mérite d’être retenue. Le baromètre d’Auvergne-Rhône-Alpes confirme d’ailleurs que le climat n’est plus un aléa parmi d’autres. En effet, 32 % des professionnels le citent comme un facteur ayant pesé négativement sur leur activité, contre 11 % l’été précédent. Le pouvoir d’achat des clientèles représente 71 % des raisons exprimées par les professionnels. Quant à la hausse du coût des carburants, elle est citée par 55 % d’entre eux.
Voilà un enseignement qui va à rebours du discours habituel sur le secteur. En Auvergne-Rhône-Alpes, seuls 34 % des professionnels déclarent avoir rencontré des difficultés d’embauche cet été, soit sept points de moins qu’en 2025.
Pour autant, la tension n’a pas disparu mais elle se concentre sur certains métiers. 46% des gestionnaires de résidences de tourisme ont exprimé des difficulté. Les restaurateurs suivent à hauteur de 41 % (39% pour les hébergements collectifs). Parmi les établissements confrontés au problème, 42 % indiquent réduire leurs services, 28 % leurs amplitudes horaires et 23 % leur nombre de jours d’ouverture.
Autrement dit, le manque de personnel ne se traduit plus seulement par de la surcharge pour les équipes en place, mais par une réduction assumée de l’offre. Un arbitrage qui pèse directement sur le chiffre d’affaires.
Le bilan de la région PACA reste solide sans être non plus euphorique. Après deux années particulièrement dynamiques en 2024 et 2025, la Côte d’Azur enregistre un troisième été consécutif globalement positif. Et ce, malgré un contexte pourtant marqué par les tensions internationales, les feux de forêt et les épisodes caniculaires.
Mais quand on entre dans le détail, le constat est plus contrasté. Le mois de juin a été un record pour l’hébergement marchand. Juillet a montré une stabilisation. Quant au pic d’août, il a été moins marqué qu’à l’accoutumée. L’hôtellerie affiche un taux d’occupation de 87 % en juin comme en juillet, avec un revenu par chambre disponible en hausse respective de 13 % et de 4 %. Les résidences de tourisme atteignaient 80 % d’occupation en juin, en progression d’un point. Les locations entre particuliers ont poursuivi leur croissance. Les nuitées ont augmenté de 8 % en juin, de 4 % en juillet et de 10 % début d’août. L’hôtellerie de plein air, en revanche, a reculé en juillet avant de se stabiliser en août.
Cependant, la configuration de la région est ce qui explique la nuance du constat par rapport au constat national. Dans les Alpes-Maritimes, mer et montagne cohabitent. Les hauts territoires enregistrent une fréquentation globalement stable, avec seulement un regain ponctuel lors des épisodes de fortes chaleurs. La bascule vers l’altitude, très marquée dans les Alpes du Nord est ici moins spectaculaire, le littoral azuréen conservant sa puissance d’attraction.
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